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Les ex-voto : une dévotion intemporelle

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Les ex-voto : une dévotion intemporelle

Les ex-voto ont longtemps été considérés comme appartenant à un « art naïf » sans grand intérêt. Il fallut attendre les années 1980 pour que la thèse de Bernard COUSIN interpelle le grand public sur l’importance que pouvait revêtir cette forme d’art populaire en tant que témoignage ethnologique. En effet, ces objets sont de véritables sources d’informations concernant les pratiques religieuses, les évènements historiques, les questions sanitaires, les activités quotidiennes, mais aussi plus simplement l’évolution de la mode, des moyens de transport ou des styles de mobilier.

L’ex-voto n’est pas, contrairement à ce que certains croient parfois, un don pour recevoir autre chose en échange. Il ne s’agit pas non plus d’une stèle à la mémoire d’un défunt. La collection d’ex-voto de la basilique Notre-Dame de la Garde semble aujourd’hui être devenue incontournable. Signalée dans les différents guides touristiques, cette « curiosité » fait depuis longtemps partie de l’édifice, puisque la tradition est apparue dès le XIVe siècle, bien avant la construction de la basilique actuelle. Les Marseillais se sont, dès lors, tournés vers la colline pour implorer la protection de la Vierge de la Garde.

L’ex-voto est un témoignage de reconnaissance

Il prend forme suite à une prière qui a déjà été exaucée, comme le laisse présager la traduction littérale de la formule latine complète « ex-voto suscepto » : « suivant le vœu fait ». A Notre-Dame de la Garde, le donateur exprime donc sa reconnaissance dévote à la Vierge.

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Ex-voto en cire (2009)

D’après les archives, les premiers ex-voto prirent la forme d’objets périssables et bien souvent en cire, ce qui explique qu’ils aient disparu, sans doute refondus par les fabricants de cierges. L’un des plus anciens documents concernant cette pratique est un acte notarié du 11 août 1425 dans lequel un certain Jean Aymar verse cinq florins pour l’achat d’images de cire offertes en reconnaissance à la Vierge. Les premiers tableaux peints n’apparurent qu’au XVIe siècle.

De par sa situation géographique, le site (sans apparition, mais non sans miracle) compta rapidement les gens de mer parmi les plus nombreux donateurs d’ex-voto à Notre-Dame de la Garde. Ils remerciaient la Vierge par un tableau ou une maquette de les avoir sauvés d’un naufrage ou d’une tempête.

Mademoiselle de Scudéry, en 1644, nous apporte son témoignage :

Hier, j’aperçus au pied de la montagne un pèlerin qui grimpait vers nous pieds-nus, en récitant dévotement des oraisons ; un autre le suivait portant ses chaussures, et je jugeais à leurs vêtements que c’étaient des mariniers. Ces bonnes gens arrivèrent à moi à la porte de la chapelle, comme on venait de la fermer, s’adressant à moi, après nombreuses révérences, ils me dirent qu’ils étaient venus pour accomplir un vœu et faire offrande à Notre-Dame de la Garde d’un petit navire merveilleusement travaillé qu’ils me présentèrent.
L’habileté et la finesse de cet ouvrage, où se trouvaient avec exactitude les plus petites pièces d’un gros vaisseau, me parurent incomparables, mais je les trouvais cent fois plus habiles en apprenant qu’ils étaient de Granville !…
Ils me racontèrent que s’étant aventurés dans cette mer pour faire échange de la morue sèche contre l’huile d’olive, ils avaient été assaillis d’une horrible tempête qui avait rompu leur mâture et enlevé leur gouvernail, qu’en cette extrémité, ils s’étaient voués à Notre-Dame de la Garde, laquelle les avait sauvés d’une perte certaine.
Après avoir écouté ce récit, je me fis apporter par Berthelet la clef de la chapelle, où ils suspendirent eux-mêmes à la voûte leur navire parmi d’autres semblables qui y figurent autant de lampes

(Extraits de "Notre Dame de la Garde" par Françoise Hildesheimer)

La pratique du don d’ex-voto s’est diversifiée et développée

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Les ex-voto suspendus

Elle fluctue de façon sensible en fonction des faits historiques. Il est cependant intéressant de noter la dispersion totale de la collection lors des confiscations des biens d’église en 1793. Une petite décennie plus tard, l’intégralité de la collection était déjà remplacée.

Au cours de son voyage dans le midi de la France effectué au tout début du XIXe siècle, Aubin-Louis Millin est frappé par le nombre d’ex-voto de Notre-Dame de la Garde :

Le chemin qui conduit à l’oratoire est raide et difficile. La chapelle est petite et étroite, mais ornée partout des tributs de la piété des navigateurs : au plafond sont suspendus de petits vaisseaux avec leurs agrès et ayant leur nom inscrit sur la poupe ; ils figurent ceux que la mère du Christ a sauvés d’un cruel naufrage ou enlevés à la fureur des pirates et des corsaires.
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En avril 1848, les murs de l’ancienne chapelle sont de nouveau couverts d’ex-voto

En avril 1848, les murs de l’ancienne chapelle sont de nouveau couverts d’ex-voto Ainsi, le rythme des donations connut des accélérations suite aux épidémies (choléra), aux guerres (1870, 1914-1918, 1939-1945, guerre d’Indochine…), aux évènements liés à l’édifice (inauguration suite à la reconstruction, Couronnement…).

On comprend donc aisément qu’en 2011, le visiteur, qu’il soit fidèle, pèlerin ou simple touriste, ne puisse qu’être frappé par la profusion de ces témoignages de reconnaissance : les tableaux occupant les murs des chapelles, scénettes illustrant les aléas de l’existence (guérison, protection d’un bateau en détresse ou lors d’un accident) et témoins si touchants des faits divers de la société marseillaise et de cette foi populaire ; les maquettes suspendues aux voûte dont les formes rappellent les heures de gloire de la marine à voiles ; les plaques de marbres qui composent le revêtement des murs de la basilique, de la crypte et de la terrasse extérieure (les plus anciennes, situées dans la crypte, portent les noms des donateurs de la construction de la nouvelle basilique) ; les cœurs de dévotion (petites boîtes métalliques dans lesquelles on enfermait un vœu inscrit sur un papier) qui, disposés de part et d’autres du chœur, semblent offrir une haie d’honneur à la Reine des lieux si magnifiquement représentée par Chanuel ; les croix de la Légion d’Honneur qui soulignent l’abside ; les objets militaires ; etc. Devant une telle accumulation, on pourrait être tenté de penser que ces objets, majoritairement du XIXe siècle, sont de remarquables témoins d’un passé révolu.

Les ex-voto ne seraient-ils pas alors victimes de folklorisation ?

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Fanion du Général de Monsabert, libérateur de Marseille en août 1944

Il suffit d’examiner les carnets d’enregistrement des dons d’ex-voto pour comprendre que la situation est toute autre. Si Félix REYNAUD a recensé 1385 ex-voto au début des années 1990, nous pouvons aujourd’hui affirmer que la collection se situe aux alentours de 2500 pièces. Et pour l’année 2010 ? Nous avons réceptionné 37 ex-voto, parmi lesquels certains ont été particulièrement émouvants.

…et les demandes se multiplient concernant la procédure à suivre. On remarque également un attachement profond des donateurs à l’objet par lequel ils ont manifesté leur gratitude. Nombreux sont ceux qui s’inquiètent du sort réservé à leur objet depuis la réorganisation de la crypte. Ceci nous pousse à mener une réflexion pour envisager de nouvelles solutions d’exposition.

Si autrefois les familles faisaient appel, la plupart du temps, à un artiste ou un proche talentueux pour réaliser leur ex-voto, les donateurs contemporains privilégient souvent une création personnelle ou un objet qui leur est cher. La représentation de la grâce reçue tend malheureusement à disparaître.

Alors que le don votif semble se raréfier dans de nombreux sanctuaires, la persistance de cette tradition à Notre-Dame de la Garde atteste de la vitalité du sanctuaire et de la fidélité des marseillais envers leur Bonne Mère.
Comment offrir un ex-voto à Notre-Dame de la Garde ?

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A noter

  • REYNAUD Félix, Ex-voto marins de Notre Dame de la Garde, éd. La Thune, Marseille, 1996
  • REYNAUD Félix, Ex-voto de Notre Dame de la Garde : La vie publique, éd. La Thune, Marseille, 1997
  • REYNAUD Félix, Ex-voto de Notre Dame de la Garde : La vie quotidienne, éd. La Thune, Marseille, 2000